La vie moderne entraîne une préoccupation grandissante quant à l'adaptation de l'enfant à un monde exigeant et souvent difficile à prévoir. Si, à un niveau idéologique, nous assistons à l'acceptation progressive de valeurs égalitaires entre hommes et femmes, les principaux déterminants de l'évolution du style de vie familial restent certainement de nature économique : nécessités de l'économie domestique imposant le travail à l'extérieur des deux parents, paupérisation associée aux séparations, etc.

Ainsi, les besoins accrus de places d'accueil hors de la famille pour les enfants en âge pré-scolaire sont devenus un enjeu non seulement de politique sociale mais également de recherches dans le domaine médical, social, psychologique, pédagogique. Sur le plan psychologique, on ne peut plus désormais considérer le milieu familial comme l'unique et irremplaçable creuset du développement de l'enfant. Les implications de l'accueil hors de la famille sur le développement du jeune enfant ont fait l'objet de très nombreuses études; celles-ci convergent pour mettre en évidence le fait que la garde non parentale en tant que telle n'a pas d'effet nocif sur le développement, pour autant qu'elle soit de qualité satisfaisante. Les questions de l'emploi maternel, de l'accueil hors de la famille, du type de garde ou encore de la séparation dans la petite enfance seraient de fait subordonnées à la question de la qualité des lieux de vie. Ce constat, peut-être trivial, a le mérite d'opposer des arguments de nature scientifique à des croyances persistantes quant à la nocivité de la garde du jeune enfant hors de la famille. En même temps ce constat souligne l'importance des moyens et de l'attention accordés à la politique sociale de la petite enfance d'où la pertinence d'une plateforme comme pro enfance.

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Blaise Pierrehumbert, ancien directeur de l'unité de recherche de la pédopsychiatrie du CHUV - Centre hospitalier universitaire vaudois.